Arthur

Bien sûr, tout n’avait pas toujours marché comme elle l’aurait souhaité pendant toutes ces années ; mais tout de même, cela lui faisait drôle de se retrouver seule. On lui avait pourtant dit que c’était là le moment le plus pénible, le retour au cimetière.

Elle s’installa dans la cuisine, il y faisait froid, le givre avait pris sur les vitres à l’intérieur, elle décida d’allumer le fourneau. Elle se demandait si avait bien fait de se rendre à l’enterrement de baptiste ; cela avait été une épreuve pour elle, mais elle tenait absolument adieu au seul homme qu’elle avait aimé.

En allant chercher le bois elle revit l’image de Baptiste lorsqu’ils s’embrassaient furtivement dans la remise, ces moments où il pouvait venir lui rendre visite avant d’aller aux champs. Elle ferma les yeux et des larmes se mirent à couler le long de ses joues. Elle l’avait tant aimé ! Et pourtant il n’avait jamais quitté Angèle pour elle, comme il lui avait pourtant promis.

Angèle, sa rivale, qui l’avait fusillée du regard au cimetière quand Germaine avait jeté une rose sur son cercueil, Angèle qu’elle haïssait du plus profond de son cœur car Angèle avait vécu, mangé, dormi à côté de Baptiste pendant toute une vie alors qu’elle n’avait eu droit, pendant vingt ans, qu’à des instants volés. Des moments furtifs où il fallait se cacher sinon Cécile, la commère du village qui épiait tout le temps allait encore faire enfler la rumeur, la rumeur de germaine la catin. Germaine sentit sa gorge se serrer à cette pensée : elle ne supportait pas qu’on puisse la traiter ainsi alors que son histoire avec Baptiste était le résultat d’une folle passion et rien d’autre. Une passion qu’elle n’avait jamais vécue avec Edmond, son mari, même au début de leur mariage.

La cuisine se réchauffa peu à peu mais germaine avait toujours des frissons. Elle décida de se faire un bon café chaud.

A ce moment-là, elle pensa à Edmond à qui elle avait toujours fait le café car c’était avec lui qu’elle avait partagé sa vie, alors que Baptiste ne buvait jamais le café quand il venait la voir. C’était à Angèle qu’il réservait ce moment. Finalement, cela lui était égal à germaine, elle avait eu de la part de Baptiste le plus beau cadeau qu’un homme peut offrir, un enfant, et ça Angèle ne l’aurait jamais ! Ce fils si beau avec les yeux de son père… C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle l’avait envoyé vivre à Angers, il ressemblait trop à Baptiste !

La nuit tomba à présent, la journée avait été difficile : toute cette vie qui repassait dans sa tête … Germaine décida que dans les prochains jours, elle partirait s’installer à Angers près de son fils, ainsi elle se sentirait encore plus proche de Baptiste. Quant à Angèle, elle resterait au village à bavarder avec cette mégère de Cécile. A cette idée, Germaine s’endormit avec le sourire aux lèvres …