Pauline

Bien sûr, tout n’avait pas toujours marché comme elle l’aurait souhaité pendant toutes ces années ; mais tout de même, cela lui faisait drôle de se retrouver seule. On lui avait pourtant dit que c’était là le moment le plus pénible, le retour au cimetière. Germaine était encore toute bouleversée. Malheureusement elle était tombée nez à nez avec Angèle. Angèle, le véritable femme de Baptiste qui avait été son amant.

Germaine se rappelait encore de sa première rencontre avec lui. Elle rentra chez elle pensive. De sa fenêtre, elle vit Cécile qui l’observait. Cécile n’était pas son amie. Elle la détestait même. Cécile était trop curieuse à son goût.

Germaine et baptiste avait commencé à se voir dans le début de l’été, il y a vingt ans de cela. Elle l’aimait d’un amour sincère. Peut-être plus qu’Edmond. Edmond était son mari et c’était l’opposé de Baptiste. L’un aux yeux noirs, l’autre aux yeux bleus. Un soir, alors qu’ils s’étaient embrassés, elle et Baptiste, ils avaient entendu un bruit suspect. C’est ainsi qu’ils avaient appris que Cécile les espionnait. Sa mince silhouette s’était éloignée rapidement.

Germaine se leva de sa chaise et regarda par la fenêtre. Des gens habillés de noir se baladaient à pas lents dans la rue. Elle aperçut une photo de baptiste par terre. Ses yeux bleus ne se voyaient pas : la photo était en noir et blanc. Elle pleura car elle pensait à son fils. Lui aussi avait les yeux bleus.

Elle se rappelait encore du jour où elle avait annoncé à baptiste qu’elle attendait un enfant de lui. A sa grande surprise, il avait été méchant avec elle. Il lui avait dit qu’il ne pouvait pas assumer cet enfant et qu’il devait la quitter ; Après avoir essuyé ses larmes, elle avait annoncé la nouvelle à Edmond. Celui-ci avait été heureux. Germaine avait souri mais le cœur n’y était pas …

Germaine était sortie alors de chez elle : elle se disait que le meilleur moyen d’oublier était de marcher. Mais comment oublier ? Elle pensait à tous les bons moments qu’elle avait vécus avec lui. Sa relation avec lui n’avait pas toujours était simple. Elle sortit de sa poche un mouchoir de couleur pâle, essuya ses yeux et le rangea soigneusement dans sa poche. Elle arriva devant chez Angèle. Le vélo de Cécile était là.

Cécile habitait en face de chez elle. L’endroit idéal pour l’espionnait, se disait-elle. Un jour Cécile était venue la voir. Le même jour que son fils, venu d’Angers, était venu lui rendre visite. Cécile avait prétendu qu’elle devait partir au plus vite et du moins, c’est l’avis de Germaine, s’était précipitée chez Angèle pour tout raconter. Baptiste ne savait rien de tout ça. Il ne savait pas qu’Angèle savait pour eux deux. Son fils avait voulu voir son père. Germaine, heureuse de savoir qu’il s’intéressait à son père, lui avait indiqué où il travaillait. Elle l’avait regardé s’éloigner. Ce fis qu’elle avait entendu et qu’elle avait eu malgré tous les risques avec Baptiste. Elle l’aimait plus que tout au monde. C’est vrai que cela avait été dur de s’en séparer mais il le fallait. Baptiste voulait que cela se passe comme ça et que personne ne le sache. Il ne voulait pas de ce fils. Elle s’était séparée de son enfant pour lui…

Germaine avait été toute bouleversée quand son fils était revenu fou de rage après sa visite avec son père. Il avait hurlé que son père était un homme sans cœur. Il avait dit que baptiste ne l’aimait pas et pourtant il était son fils et qu’il s’en fichait pas mal d’eux. Elle avait pleuré longtemps. Il disait peut-être vrai. Baptiste ne l’aimait pas elle aussi. Elle se dit alors que son fils allait se calmer et que tout allait renter dans l’ordre. Quelques jours plus tard, elle fut surprise de voir son fils retourner chez son père. Il avait eu un sourire mystérieux en partant.

Germaine s’était endormie sous un arbre. Toute courbaturée, elle se leva péniblement. Cécile était partie. Elle ne savait plus vraiment si elle avait bien fait de venir. Elle avança d’un pas incertain. C’était trop tard pour faire marche arrière, Angèle l’aperçut et ouvrit la porte. Elle lui lança :

« _ Comment oses-tu venir ici après tout ce que tu m’as fait ?
Je veux que tu comprennes…
Comprendre qu’il l’a empoisonné !
Il voulait juste me venger. J’ai eu très mal à cause de cette séparation.
Ton fils a tué son propre père et ça te parait normal ? »

Germaine partit en courant, son fils avait juste voulu les venger.